FRANCE — Emmanuelle S., 53 ans, future professeure de français en cours de formation et
« pas du tout naïve selon elle », a vécu jeudi dernier une mésaventure qui illustre parfaitement
les nouveaux défis du numérique pour les générations qui ont connu le Minitel.

Tout commence par une publicité Facebook prometteuse : la carte avantage SNCF à -99%, soit
2,90€ au lieu de 49€. « C’était écrit SNCF en gros, il y avait un logo qui ressemblait, et
le prix était vraiment intéressant », explique Emmanuelle, encore sous le choc d’avoir économisé
46,10€ sur une carte qui n’existe pas.

Sans hésiter, elle renseigne son numéro de carte bancaire, son cryptogramme, sa date de
naissance, le prénom de son premier animal de compagnie et « peut-être aussi » son numéro de
sécurité sociale « parce qu’ils avaient l’air sérieux ». Le paiement de 2,90€ est validé.
La carte avantage, elle, ne viendra jamais.

Mais c’est la suite qui restera dans les annales familiales.

Convaincue d’avoir réalisé l’affaire du siècle, Emmanuelle transfère immédiatement le lien
du site frauduleux dans le groupe WhatsApp familial avec le message : « DÉPÊCHEZ-VOUS la carte
SNCF à 2,90€ !!! Avant que ça se termine !!! J’ai déjà pris la mienne c’est INCROYABLE 😍😍😍 »

Ses trois enfants, alertés par l’heure tardive du message (23h14) et les trois points
d’exclamation, ont immédiatement reconnu une arnaque classique. « On a essayé de la prévenir
mais elle nous a répondu ‘non non c’est bon j’ai vérifié' », raconte son fils aîné, qui préfère
garder l’anonymat pour des raisons familiales évidentes.

Jointe par téléphone depuis son île — dont elle a refusé de préciser le nom, « au cas où le
FBI écoute » — Emmanuelle reconnaît aujourd’hui s’être « peut-être légèrement fait avoir », tout
en précisant que « 2,90€ c’est pas la mort » et que « de toute façon la SNCF c’est des voleurs
aussi donc ça compense ».

Notre rédaction a souhaité en savoir plus sur cette femme hors du commun. Actuellement en
formation pour devenir professeure de français — « pour apprendre aux jeunes à bien écrire,
pas à se faire arnaquer sur Internet » — Emmanuelle S. mène de front ses études, sa nouvelle
vie insulaire, et une veille quotidienne des bons plans Facebook qu’elle qualifie elle-même
de « service rendu à la famille ».

Elle a depuis signalé l’arnaque sur Cybermalveillance.gouv.fr, changé son mot de passe
(de « chatounette1965 » à « Chatounette1965 »), et continue de partager des liens sur WhatsApp
« mais maintenant je vérifie mieux ».

Sa banque a été contactée pour bloquer les éventuels prélèvements futurs. « Ils m’ont dit
que mon numéro de carte allait être changé », précise-t-elle. « J’ai demandé si je pouvais
garder le même parce que j’ai du mal à retenir les nouveaux. »

L’enquête de la gendarmerie est en cours. Les escrocs, localisés à l’étranger, n’ont pour
l’instant pas été retrouvés, mais sont « probablement en train de s’acheter une villa avec
les 2,90€ », selon une source proche du dossier.


Au-delà de cette mésaventure, Le Chroniqueur tient à rendre hommage à cette femme
remarquable. Ses trois enfants, contactés anonymement et séparément par notre rédaction,
ont tous donné exactement la même réponse sans concertation préalable : « C’est la meilleure
maman du monde. »

Emmanuelle S. est, selon toutes les sources disponibles, une maman en or. Le genre de maman
qui envoie des bons plans à ses enfants à 23h14 avec trois points d’exclamation parce qu’elle
veut juste que tout le monde soit heureux. Le genre de maman qui déménage sur une île et
garde le secret au FBI. Le genre de maman qui devient professeure de français à 53 ans parce
qu’il n’est jamais trop tard.

Le Chroniqueur lui souhaite une très belle carrière dans l’enseignement, et lui rappelle
affectueusement de ne plus jamais entrer son numéro de carte bleue sur Facebook.

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